LA DIPLOMATIE DU BON VOISINAGE

Autre temps, autres mœurs et autres acteurs ! Il fut un temps où le Sénégal et le Mali étaient un seul et même pays. Unis et réunis qu’ils étaient dans une même fédération. Un peuple, un but, une foi. Ne partagent-ils pas toujours cette devise ? Il fut un temps où le Sénégal et la Gambie étaient une confédération. Aujourd’hui encore, la Sénégambie est chantée sur tous les toits et sur tous les tons, malgré la parenthèse Kukoy Samba Sanyang. Il fut un temps où le Sénégal et la Mauritanie avaient une capitale commune : Saint-Louis. Que dire des deux Guinée ? Le Sénégal et ses voisins : toute une histoire. Même destin ? Assurément !

Quand bien même les relations entre notre pays et chacun de ses voisins n’ont pas toujours été une mer calme. C’est le propre de tout voisinage. Il y a eu par-ci des vagues, par-là des tempêtes. Mais rarement de naufrage.

La diplomatie, la bonne, commence par le bon voisinage. En se rendant en Guinée-Bissau avec dans ses valises, la RTS pour aider à la retransmission des festivités de la Fête nationale du voisin, le président Macky Sall ne fait pas qu’honorer une invitation parmi la huitaine d’autres convives de l’iconoclaste Président Umaro Sissoco Embaló. C’est également grâce à Dakar que les Bissau-guinéens, pour leur première participation à une phase finale de la CAN, ont pu suivre en direct les matches de leur équipe nationale. La diplomatie c’est comme l’amour : elle exige des preuves.

Le chef de l’Etat sénégalais a ainsi débarqué à Bissau, non pas les mains vides mais plutôt pleines. Pas seulement à cause de sa relation personnelle avec son hôte qui relève d’un secret de polichinelle. Mais en raison surtout de l’importance géopolitique que la Guinée-Bissau et le Sénégal représentent l’un pour l’autre. Il n’est guère étonnant, pour les observateurs avertis, que l’élection présidentielle bissau-guinéenne d’il y a quelques mois ait été âprement disputée… au Sénégal. Dakar avait à peine, caché sa préférence – que d’aucuns ont qualifiée d’ingérence – pour le candidat du Mouvement pour l’alternative démocratique, Madem G-15, une coalition de partis d’opposition face au candidat du PAIGC, Domingoes Simões Pereira. Pereira, il faut le rappeler, avait eu le soutien d’un opposant sénégalais. De bonne guerre ?

En tous cas, un fait inédit quand on sait la prudence et la retenue dont les hommes politiques font preuve sur les questions éminemment diplomatiques. Au-delà de l’insolite, c’est l’enjeu d’une paix irréversible en Casamance qu’il faut voir dans le jeu de positionnement du Sénégal à chaque fois qu’il s’agit de la Guinée-Bissau. L’intervention de l’armée sénégalaise en 1998, sur décision du Président Abdou Diouf au nom des accords de défense entre les deux pays, était à lire sous ce rapport. Par la rapidité de l’action qui traduit une certaine capacité de projection, Diouf n’avait pas seulement volé au secours de son homologue, feu Nino Vieira menacé par une rébellion de l’armée conduite par le défunt général Ansoumana Mané.

Il y a surtout que le successeur du Président Senghor n’avait pas perdu de vue que le célèbre général avait été limogé, avant de se rebeller, pour une sombre affaire de trafic d’armes à destination de la Casamance. L’Opération Gabou, nom de code de l’intervention des armées du Sénégal et de la Guinée Conakry, avait été durement critiquée par le chef historique et incontestable de l’opposition sénégalaise d’alors. Me Abdoulaye Wade, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait tenu les propos suivants : « Cette intervention, qui avait été qualifiée d’opération de simple police, est une véritable guerre entraînant l’utilisation d’armes lourdes et provoquant d’importantes pertes en vies humaines. » Toujours est-il que si le coup de poker du Président Abdou Diouf ne fut pas un succès total, il n’était pas non plus un échec. Loin s’en faut !

La Casamance avait été fort probablement préservée d’une situation de troubles majeurs qui aurait pu, peut-être, la détacher définitivement du reste du Sénégal. Le « petit frère » Embaló, son pays ne comptant que deux millions d’habitants, veut jouer dans la cour des « Grands ». Cet adepte du « parler cash » à l’image d’un certain capitaine Sankara, n’a pas tremblé en tutoyant récemment certains de ses aînés de la sous-région. Il a osé assimiler « troisième mandat » et « coup d’Etat ». Bienvenue au club… des révolutionnaires ! est-on tenté de dire. Mais « la révolution dévore (souvent) ses propres enfants ». Au jeune Président bissau-guinéen de faire mentir l’adage. Le « grand frère » Sénégal veille. A coup sûr.

 

La chronique de MIK

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