Hong Kong: «L’avenir pour les défenseurs des libertés est morose»

« Les jours à venir seront durs, mais nous allons continuer notre combat »  a lancé aux juges Joshua Wong, ce mercredi matin à Hong Kong, après sa condamnation, avec deux autres militants pro démocratie, à une peine de prison. Joshua Wong, 24 ans, a écopé de 13 mois et demi tandis que ses camarades Agnès Chow et Ivan Lam ont été condamnés respectivement à 10 et 7 mois de détention pour avoir manifesté devant le quartier général de la police hongkongaise, en juin 2019. Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation de la Recherche Stratégique, revient sur ces lourdes peines.

Avec ces condamnations relativement lourdes, la justice hongkongaise envoie-t-elle un avertissement aux autres militants pro démocratie?

Antoine Bondaz :  Cela fait déjà plusieurs mois que les autorités politiques à Hong Kong envoient un message à l’adresse du mouvement pro-démocratie, notamment évidemment avec l’adoption de la loi sur la sécurité nationale. Cette loi ne définit pas précisément certains crimes, crée un flou juridique et inquiète les manifestants. Dans le cas de Joshua Wong, Agnès Chow et Ivan Lam, la loi qui a été utilisée est une loi plus ancienne, mais le message est le même : Pékin veut dissuader les manifestants pro démocratie de s’opposer frontalement aux autorités de Hong Kong et in fine aux autorités chinoises.

Les trois militants étaient accusés d’avoir scandé des slogans hostiles à la police, Amnesty International estime que la justice hongkongaise criminalise désormais des opinions politiques. Quelle est votre lecture?

Antoine Bondaz : Effectivement, les manifestations organisées par Joshua, Agnès et Ivan étaient parfaitement pacifiques. Ce qui leur est reproché est d’avoir organisé une manifestation illégale. Or, évidemment, ces manifestations sont justement organisées pour dénoncer la mainmise de Pékin sur Hong Kong et ne se font donc pas toujours dans un cadre autorisé. C’est sur ce point-là que les trois jeunes manifestants ont été condamnés.

Au tribunal, Joshua Wong, le plus connu des condamnés, a lancé « les jours à venir seront durs, mais nous allons continuer notre combat ». Est-ce que Pékin n’a pas déjà réussi à anéantir le mouvement, avec la nouvelle loi sur la sécurité nationale qui criminalise tout acte de sécession, de subversion, de terrorisme et de collusion avec des forces étrangères, avec des peines allant de dix ans d’emprisonnement à la perpétuité ?

Antoine Bondaz :  Soyons clair, avec l’adoption extrêmement rapide de cette loi Pékin a marqué des points. Son objectif est d’effacer la spécificité de Hong Kong, notamment en termes de libertés publiques. Par contre, une grande partie des militants de ce mouvement pour la démocratie considèrent qu’il faut continuer à agir. Mais évidemment, leur marge de manœuvre s’est considérablement réduite, ce qui a conduit de nombreux militants de partir à l’étranger, notamment en Europe.

Des centaines de jeunes Hongkongais ont en effet choisi le chemin de l’exil. Pourront-ils organiser la résistance hors les murs de Hong Kong ?

Antoine Bondaz : Ce qui est très important est qu’ils tentent d’éveiller les consciences, notamment aux Etats-Unis, en Australie, au Japon à Taiwan ou encore au sein de l’Union européenne. Il faut être clair : Pékin ne reviendra pas sur ces décisions, mais il est toutefois extrêmement important pour l’ensemble des démocraties dans le monde de s’indigner et de faire part de leur grave préoccupation. Il faut rappeler que ce n’est pas du tout une ingérence dans les affaires intérieures de la Chine. La seule demande qui est faite à Pékin est de respecter ses engagements internationaux et notamment la fameuse déclaration conjointe sino-britannique de 1984 qui est enregistrée à l’ONU.

Les figures les plus connues de la contestation se retrouvent derrière les barreaux, 11.000 autres jeunes ont été arrêtés et risquent des procès, le parlement local ne compte plus aucun opposant. Quel avenir pour ceux qui se battent pour que Hong Kong reste un territoire libre avec une justice et un système politique indépendant de la Chine continentale ?

Antoine Bondaz : L’avenir pour les défenseurs du statut spécial de Hong Kong et des libertés publiques est évidemment morose. La question est désormais comment ces jeunes manifestants peuvent continuer à s’organiser pour revendiquer les libertés fondamentales que Pékin leur a promis jusqu’en 2047.

 

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