Brice Demoge : « Nous voulons construire des modèles qui reposent sur la compétence africaine » 

Au sein d’Inetum, Brice Demoge est chargé du développement pour l’Afrique et accompagne les différentes filiales et celles en création dans leur développement. Alors que la filiale sénégalaise du groupe est en pleine construction pour répondre aux besoins de sa clientèle locale, Brice Demoge évoque, dans cette interview, les ambitions d’une telle expansion en Afrique et l’intérêt de participer à l’Africa Digital Manager Award. 

2020 fut une année complexe qui a nécessité des efforts importants de la part des entreprises. En ce qui concerne Inetum, comment avez-vous fait face à cette situation inédite, notamment au Sénégal ? Avez-vous décelé du positif qui vous permettra d’accélérer sur vos projets ? 

Brice Demoge : La crise a ralenti les prises de décision chez beaucoup de nos clients. Elle a eu des impacts négatifs mais aussi positifs à plus long terme car elle a permis de mettre en exergue le besoin rapide de digitalisation. Le rôle du digital pour pallier notamment au besoin de sécurité des collaborateurs a renforcé l’importance d’accélérer son développement. Le digital est une réponse opérationnelle à la problématique du travail à distance, à la gestion de cette crise et aux nouvelles modalités de travail généralisées qu’il fallait mettre en place. Les sociétés qui avaient déjà investi dans le digital et celles qui avaient déjà adopté des pratiques digitalisées ont pu s’adapter plus rapidement et ont un peu moins subi les impacts de cette pandémie. Cela a aussi renforcé les besoins et l’utilisation  des systèmes de gestion ERP et des progiciels de gestion notamment.

C’est d’ailleurs un de nos cœurs de métier. Nous sommes leader en Afrique francophone sur la mise en place des systèmes de gestion. Il est donc évident que cela renforce également l’intérêt pour des entreprises et institutions pour nos services et nos solutions digitales. En clair, la crise a accéléré la décision d’implantation et d’investissement au Sénégal. Jusqu’à présent, nous avons mené des projets importants dans de grandes industries agroalimentaires et dans l’administration à travers nos équipes de consultants en Côte d’Ivoire ou au Maroc notamment. Le besoin d’accompagnement en proximité a accéléré nos investissements et le développement d’équipes locales au plus proche de nos clients. Depuis, même si la crise continue et qu’il y a des problèmes de déplacement, nous avons une équipe sur place au Sénégal.

Pourquoi avoir choisi le Sénégal comme pays d’implantation ? 

Le Sénégal représente une place économique de premier plan en l’Afrique de l’Ouest. Il était donc essentiel pour Inetum d’être implanté à Dakar pour accompagner cette dynamique tant du secteur privé que du secteur public. Par exemple, Inetum souhaite accompagner le gouvernement sénégalais dans sa stratégie ambitieuse de développement du digital. Nous avons déjà débuté une mission sur le plan « Sénégal Emergent » et nous avons les compétences requises pour les accompagner par la suite dans plusieurs domaines.

Selon vous et compte-tenu de la crise sanitaire, quelles seront les tendances fortes de 2021 ? 

Pour 2021, il s’agira d’accélérer la mise en place des projets digitaux. Le président sénégalais, Macky Sall, souhaite vraiment renforcer la digitalisation des services publics et nous avons une longue expérience sur ces sujets à la fois en Afrique et en France. L’autre tendance forte qui prête à préoccupation, c’est effectivement la possibilité de pouvoir mobiliser des financements sur le continent. L’Europe entre autres a ouvert des crédits aux entreprises pour augmenter leur capacité à mobiliser du financement pour les accompagner dans la gestion de cette crise, mais malheureusement l’Afrique n’a pas eu les mêmes avantages. Nous espérons que les bailleurs de fonds, les organismes et les banques vont pouvoir supporter ce besoin de financement des entreprises à la fois pour le quotidien mais aussi pour l’investissement à plus long terme.

La crise de la Covid-19 pousse les entreprises à revoir leur business model et à adapter leurs activités. Il y a donc un changement dans la chaîne de valeur au niveau de toute l’Afrique, sans oublier la ZLECA, l’accord de Zone de libre échange qui est entré en vigueur depuis janvier 2021 et qui va offrir un marché très important aux entreprises africaines. Tout cela poussera les industries et le commerce en Afrique à se réinventer. Nous pensons qu’il y aura de nombreux projets de consulting et de digitalisation dans les années à venir. Vincent Rouaix, Président directeur général d’Inetum, a de nouveau affirmé sa volonté de poursuivre notre engagement pour accompagner le développement digital en Afrique, continent sur lequel nous souhaitons développer notre activité.  En se basant notamment sur nos centres de compétences qui existent déjà et qui ont fait leurs preuves, nous sommes prêts pour accompagner aussi bien le secteur public que le secteur privé dans les années à venir.

Quelles sont vos futures ambitions pour la filiale sénégalaise ? 

L’enjeu pour Inetum est de s’installer durablement dans le pays. Et bien sûr, c’est d’apporter de la proximité et d’avoir des experts locaux avec l’appui de nos centres de compétences en Afrique. Aujourd’hui, nous avons des équipes présentes à Dakar sur toute la mise en place et la maintenance des solutions SAP par exemple. Nous avons également renforcé nos équipes de consulting et de  développement progiciel. Notre première ambition est de pouvoir adresser le secteur public et le secteur privé avec cette proximité en proposant localement l’ensemble des offres du groupe avec un haut niveau de services. Le tout avec un niveau d’offre de prix en ligne avec les attentes du marché. Notre seconde ambition est de développer dans cette proximité, notre contribution à notre écosystème, en tant qu’entreprise locale responsable, dans le développement du numérique, et l’initiative ADMA s’inscrit dans cette démarche.

Dans le cadre de la volonté du groupe à se développer en Afrique et mettre en valeur les talents africains, Inetum lance l’Africa Digital Manager Award. Quel intérêt y a-t-il à participer à ce concours ? 

Nous sommes partis du constat qu’il y avait ces dernières années, avec la fuite des talents, de nombreuses compétences africaines qui partaient en Europe pour mener des projets digitaux. Cela porte préjudice au développement du digital sur le continent qui a investi sur ces talents et doit renforcer son attractivité pour les retenir. Nous avons donc décidé de valoriser ses talents et leurs projets au sein des organisations africaines. Nous sommes convaincus que ces talents doivent porter fièrement leur réussite sur des projets à valeur ajoutée et ainsi créer une dynamique collective positive. C’est important de les mettre en valeur, de leur donner de la visibilité à travers ce concours. Et d’accompagner les gagnants en leur offrant une formation certifiante en partenariat avec l’Ecole Centrale de Casablanca. Le choix des projets gagnants sera fait par un jury d’experts professionnels en fonction de l’innovation et de la valeur ajoutée qu’ils apportent à l’entreprise.

Pour cette première édition, l’objectif est d’avoir une cinquantaine de candidatures et nous l’avons presque déjà atteint. Le 28 février, ce sera la clôture des candidatures. Nous allons étudier les dossiers pendant deux mois (mars-avril) avec des sessions de présentations virtuelles des projets pour approfondir chaque dossier. Si la conjoncture le permet, nous ferons également des déplacements pour faire des interviews avec des entreprises et les candidats qui ont été sélectionnés. Au mois de mai, il y aura la remise des prix pour les trois lauréats dans les nouveaux locaux d’Inetum à Casablanca en présence du Président du groupe, Vincent Rouaix.

Parlez-nous de vos attentes pour 2021 ? 

Nous avons commencé notre implantation dans les pays de l’Afrique subsaharienne depuis 5 ans par la Côte d’Ivoire, la Tunisie, le Cameroun et maintenant le Sénégal. Notre volonté est de couvrir une grande partie de l’Afrique francophone dans un premier temps. Notre ambition est d’être parmi le Top 3 des ESN dans chaque pays, de porter les valeurs de notre groupe avec notre nouvelle marque d’Inetum et de construire des centres de compétences mutualisés pour l’ensemble des filiales de l’Afrique. Inetum résonne en Afrique avec des implantations locales mais en même temps avec des compétences africaines et des ressources qui peuvent être mutualisées dans le pays. Nous sommes en train de mener de beaux projets en Algérie avec des équipes qui sont justement mutualisées. Ce sont des modèles qui reposent sur les compétences du digital en Afrique.

 

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